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Lo schizzo

«Lo schizzo », l’éclaboussure, la tache, l’esquisse. L’ébauche d’un dessin qui tiendrait son origine de l’italien…comme tant de termes qui viennent de la langue de Dante… L’on fait naître l’esquisse sous les traits pressés du crayon, au détour d’un bout de papier, une idée saugrenue qu’on a voulu retenir alors on l’a couchée là, vite fait. Si l’on n’y prête pas attention, cette tache semble une éclaboussure. Une goutte de café, une mine mal aiguisée, l’empreinte de l’encre secouée. Mais l’artiste ne l’a pas effacée. Ce n’est pas une erreur ; c’est la naissance d’une création qui laissera quelques gouttes sur votre imagination..

L’Equilibre était plein.

Un jeudi soir à 19h30, les enfants et les jeunes ont investi les sièges de la salle de l’Equilibre. Ils sont venus avec leurs parents ou leurs enseignants; ils faisaient partie du public de la Société des concerts de Fribourg. L’enseignant de piano, enthousiaste, leur expliquait les micros, les gens qui travaillent dans les coulisses, les musiciens qui répètent juste avant de commencer. L’étincelle frétillait. Ce jeudi soir deviendrait un souvenir marquant de leur expérience de mélomanes. L’Orchestre de chambre de Fribourg s’est investi en musiciens passionnés sous la baguette du chef hongrois. Le journaliste a annoncé des tableaux impressionnistes, évoqué la cécité de Claude Monet à la fin de sa vie, tout le public a ressenti la musique d’un nouveau siècle. Le pianiste, touchant d’humilité, a servi le concerto de Grieg avec finesse et force. On entendait la dentelle de la joie, la badinerie de la vie mais son drame et sa révolte aussi. Cette condition humaine que dit si bien l’Art....

Le château d'eau

Des châteaux, à Estavayer, il y en a beaucoup. Trois paraît-il. On évoque rarement le quatrième ... le château d'eau. Bâtisse cylindrique érigée en bordure des champs, un phare de béton, repère des enfants quand on vient de Sévaz en voiture. Endroit prisé des apprentis-tagueurs, le réservoir d'eau de la ville staviacoise trône, visible de loin, en symbole de modernité, du temps qui passe tout en laissant vivre la cité. Dans le quartier qui jouxte la tour,  on joue au foot,   on fait une grillade, on se prête la voiture. Cet édifice est hideux. Pourtant, la tour de guet veille sur les gens venus nombreux dans les années nonante, fuyant la guerre souvent, les discriminations, la pauvreté, des conditions de vie impossibles. Les familles y restent car elles sont d'ici maintenant. D'ailleurs, on a changé de siècle, nouvel horizon, on a habillé le château d'eau de tags étudiés, c'est désormais une oeuvre d'art contemporain.

Winston Churchill et les Jonagold

Lundi après-midi au supermarché, je me sers de pommes Jonagold, les meilleures, celles qu’on avait aussi dans notre jardin quand j’étais plus jeune. Un monsieur, ma foi très âgé, s’approche de l’étal. Il vient faire ses courses en costume bleu foncé motif prince de galle et souliers du dimanche.  -Il paraît qu’il faut manger des pommes. Winston Churchill a dit qu’il fallait en manger une par jour. Vous connaissez Winston Churchill? -Oui, bien sûr! -Il est mort vieux! À plus de 90 ans. Eh bien moi, j’ai 89 ans et demi. Mon médecin m’a dit de manger des pommes, c’est bon pour la prostate. Il faut bien se soigner. -Prenez des Jonagold, ce sont les meilleures, elles sont sucrées. Ici,le numéro 320. -Merci! C’est que je coûte cher à la société. -Bonne journée! Que vient faire un homme de nonante ans en costard au supermarché? Trouver de la compagnie…discuter, tester ce qui lui reste d’humanité. Winston Churchill disait : « Une pomme par jour éloigne le médecin pourvu qu’on vise bien… »

Writing day 8, une question d'éducation.

13h24, je sors des "toilettes des profs". J'y croise une "jeune collègue" qui doit bien avoir 12 ans de loyaux services à l'Etat. J'en ai 15 depuis quelques semaines. Nous évoquons nos collègues à la retrait qui chantaient souvent ce refrain : "C'est une question d'éducation." Et ma foi, on se joint aussi de plus en plus souvent à ce choeur … S'occuper d'adolescents n'est jamais ennuyeux: les jeunes sont inconstants, comme la lune, comme les étoiles, comme tous les êtres humains. Ils sont des jeunes-pousses toutes frétillantes et impatientes de goûter à la vie. Certains jeunes connaissent sa saveur un peu plus tôt que les autres, malgré eux... S'ils ont parfois l'air imbéciles, c'est parce qu'ils sont en groupe (de 29 souvent); il faut jouer un rôle, épater la galerie, faire rire surtout, parce que la vie, c'est trop sérieux. S'ils sont trop sensibles, c'est qu'ils sont jeunes, fragiles, sans ...