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Le déconfinement

De la chambre, on pouvait entendre la rumeur lointaine de la liberté… cette nuit était celle de la délivrance, non de la révolte. (La Peste, A. Camus ) Le 11 mai ressemblera à une journée de la délivrance. Un déconfinement partiel et pourtant tellement cher à la population. Ce jour printanier sonnera le début de la fin d’un confinement mal compris et mal vécu. Les gens quitteront-ils alors leur masque d’amertume ? Esquisseront-ils un sourire à l’idée de retourner sur les terrasses ? Auront-il conscience de la chance des enfants qui pourront regagner les bancs des écoles sans notes ? Y’aura-t-il des débordements dans l’élan d’allégresse ? Osera-t-on se saluer ? Pourrons-nous serrer nos aînés ? Tant d’incertitudes quotidiennes qui nous tiennent depuis 45 jours. Et demain, saurons-nous préserver l’humanité, celle qu’on a voulu étouffer par crainte de la mort ?

Chez Mme C.

La poutze, c'est pas un hobby mais ça me connaît. Habituée dès le plus jeune âge à dépoussiérer les bibelots de Mme C., je n'ai malheureusement plus la patte à poussière aussi alerte. Enfant, grand-maman me gardait. Mais elle devait aussi faire des ménages. Alors on partait avec ma soeur et parfois ma tante chez Mme C. et on commençait les nettoyages. La tâche de ma soeur et moi était bien définie: enlever tous les bibelots des tables gigognes, des objets récoltés suite à des nombreux voyages, passer la patte et remettre les petits objets de collection sur les tables en verre. Quand on avait fini, on pouvait aussi épousseter la bibliothèque du salon où s'exposait une carte postale intrigante, représentant une femme au sein percé par une flèche. Certainement la reproduction d'un tableau symboliste. Il y avait aussi une flûte et d'autres bricoles sur cette étagère. Chez Mme C., la cuisine était aussi un lieu particulier. Minuscule, placardée d'affiches d'expo...

Persil de Proust

J'ai mangé du persil. Mes sens m'ont rappelé mon enfance, quand on allait au jardin "à grand-papa". C'était pas très loin de la maison. On partait avec grand-maman et Sophie rejoindre grand-papa René au jardin. Celui-ci s'étendait au pied de la Tour des Ecureuils, près de la porte de Grandcour. Des lézards grimpaient sur les pierres chaudes et séculaires du rempart. Le jardin était protégé de tout, placé en contre-bas d'un mur de pierres sèches. Un grillage en faisait le tour. Rouillé. On glissait nos petits doigts à l'intérieur de ses losanges pour en sentir le contour. ça grattait. Et puis parfois, on prenait le portail pour une balançoire en s'accrochant à la vieille porte de jardin qui nous suspendait dans le vide. Aux abords du jardin, on pouvait cueillir quelques boutons d'or et souffler sur quelques pissenlits. On piquait des petites tomates dans le potager, des framboises et du persil pour s'en mettre plein les dents et apprécier s...

Honte

Oui, j’ai continué d’avoir honte, j’ai appris cela, que nous étions tous dans la peste.  …que chacun la porte en soi, la peste, parce que personne, non, personne au monde n’en est indemne. (La Peste, A. Camus ) Qu’est-ce que la peste ? Peut-être la condition humaine, notre condition de mortel. Nous sommes donc tous concernés par cette fin imminente, prévue pour tous : la mort. Alors, avant d’y arriver, comme tout en chacun, l’homme tente de jouir une dernière fois du bonheur qu’il a connu sur Terre. Il se protège pour reculer le moment fatidique, dans l’espoir de pouvoir y renoncer. C’est pourquoi un virus sournois peut le déstabiliser et le plonger dans une solitude qui tue son humanité avant de tuer son corps.  Honte de quoi finalement ? De vouloir rester en vie ? D’honorer le sens de la vie ? Quel sera-t-il ? Différent pour chacun mais dans le même but : s’écarter de la fin. Honte d’avoir peur de la mort. Honte d’avoir oublié la finitu...

L'âme suisse romande...en confinement.

On nous dit de rester à la maison, on reste dans nos chaumières. On nous dit de ne pas sortir sinon pour faire ses courses, on ne va pas en promenade. On nous dit de ne pas aller au bord du lac, on ne va pas au bordul. On nous dit :" les plus de 65 ans sont en danger", on ne va pas voir les grands-parents. On nous dit de ne pas nous réunir à plus de 5, on reste chez soi, à 4. On attend tous les soirs le TJ et on obéit au CF. Le Suisse-Romand a peur du regard des autres car il juge. Le Suisse-Romand a peur de la police car elle punit. Le Suisse-Romand a peur du Suisse-Allemand car il parle pas comme lui. Le Suisse-Romand se méfie de l'économie car elle vient d'Outre-Sarine. Le Suisse-Romand préfère crever d'ennui plutôt que de passer pour un suisse-allemand.