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Adopter un têtard

 … en 1989, c’était possible. On partait au bord du lac avec la classe d’école enfantine, chacun un bocal en main, on le plongeait dans la rigole en bordure de chemin et hop, un têtard en boîte. Ravis, les enfants ramenaient leur premier animal domestique à la maison que l’on disposait sur le réservoir des toilettes, un endroit humide afin que le crapaud en devenir se sente chez lui…Chaque jour, le biologiste en herbe le nourrissait de mélange pour poisson rouge. On l’observait. Les pattes se profilaient. Juillet, il fallait abandonner le têtard à sa tante pour pouvoir partir à la mer. Elle le nourrirait bien et le laisserait s’échapper dès qu’il aurait des envies de marais. Au retour de l’Italie, le têtard n’était plus. Il avait rejoint sa gouille ou fini dans les égouts. On ne saura jamais. On est têtard que pour un temps.

Un cadeau

Cette petite église, qui est un bijou au cœur de la Broye lacustre, prête ses bancs à la musique une ou deux fois par an : c’est l’heure musicale. Quelques paroissiens, la famille, des fans. Ce soir, il faisait encore jour dehors, les auditeurs se sont installés comme pour la messe. Ils ont été transportés par des harmonies romantiques soutenues par des interprètes sensibles, délicates, intelligentes, humbles. Tout le monde était conquis par la musique. On a applaudi, on a dit merci pour ce cadeau. On n’a pas pu s’empêcher d’afficher un brin de fierté au fond de la pupille en pensant au bonheur que grand-maman ou grand-papa auraient pu ressentir de là-haut. On se dit que cette sensibilité , ils l’avaient déjà eux aussi. Ils nous l’ont peut-être transmise … Bravo cousine!

Les épaulettes

Maman, c’est quoi des « épaulettes » ? Comment expliquer cette mode à un enfant du XXIe siècle ? Une épaulette, c’est comme un coussinet qu’on coud au vêtement au niveau de l’épaule … Regard étonné… Mais ça sert à quoi ? A rien. On trouvait ça joli dans les années 80-90. C’est joli, tu trouves ? C’est une question de point de vue. Si c’est bien dosé ça peut l’être ; ça donne de la structure à une veste, par exemple. Rire. Non mais franchement, c’est ridicule comme mode ! Ah, tu trouves ? Moi j’aime bien. Les épaulettes rendent la tenue un peu plus autoritaire, un peu plus autorisée. Elles donnent une légitimité à la personne qui ose en porter. C’est important pour être pris au sérieux. Ces coussinets sont un détail vestimentaire qui permet aux timides d’exister un peu, de paraître.

Le corps qui danse , scène d'opéra.

  Elles dansent. Des entrechats maladroits, blessés ; elles trébuchent, se relèvent, reprennent leurs petits sauts, les révérences, leurs chevilles ne tiennent pas. Ça tourne, ça virevolte tout en clopinant : une pirouette mal réceptionnée, une figure abrégée, une cadence brisée … La chorégraphie se déroule au pied du trône de l’envahisseur. Les robes claires des danseuses sont maculées de sang, leurs visages se cachent derrière des bandages grossiers. Des « gueules cassées » se dissimulant sous trois orifices béants par lesquels on regarde mais on ne ressent plus. Les ballerines imitent une danse macabre pour divertir un roi qui n’en est pas un. Le peuple opprimé regarde. Il se balance, d’un pied à l’autre, il prend le pas : comme un seul corps, les jambes s’agitent ensemble, les pieds battent le sol, le rythme s’empare des villageois, les regards demeurent vides, les épaules levées, les faces aphasiques. Les gens dansent sur les cendres de leur destinée comme pour ...

Un amour de Mille-Ans

Un amour infini de la musique classique occidentale , la contemplation du monde qui passe, qui « branle » comme disait Montaigne, un respect du cosmos et de son inconstance, le regard d’un sage d’Extrême-Orient sur le monde à la lumière des penseurs et des artistes d’Occident. Le titre se dévoile peu à peu au fil des pages. On le comprend, on lui donne des nuances. L’amour, les choix, les émotions partagées sans un mot, une langue et une musique choisies pour leur polyphonie. Le passé qui met en lumière le présent et ressuscite pour quelque temps la passion qui a fait vivre ailleurs. Et ce fantôme qui disparaît. Il a inspiré une vie puis s’est évanoui. La fantasme n’est qu’évanescence. Tout était là. Grande admiration pour la délicatesse d’Akira Mizubayashi.