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Gioachino, Sergei ou Richard

 -Tu reconnaîtras « Taratam, taratam taratam tam tam tam, taratam tam tam tam tam. » L’ouverture de Guillaume Tell. Rossini fait défiler des paysages helvétiques à nos oreilles enchantées. On rend visite aux Waldstätten et on se sent bien dans leurs contrées. L’orage, la paix, la course; les montagnes, le lac. Rossini connaît le genre humain, ses peurs, ses joies ; il a tout compris au point de faire aimer leur Suisse aux citoyens bougons ou boudeurs de la réussite helvétique. Rachmaninov nous emmène ailleurs, inspiré d’un italien (quand même); il tire les sentiments jusqu’à la rupture. La nostalgie slave se mêle au rêve américain. Tout demeure plein, parfois spectaculaire, parfois délicat. Enfin Richard Strauss rend hommage à toute l’inventivité de la musique occidentale jusqu’à confondre l’auditeur du XXIe siècle: c’est de la musique de film, non? Eh non! Mais la musique de film est de la grande musique classique. Une fois n’est pas coutume: la société des concerts a ravi son pu...

Une leçon de démocratie

- Ecoutez les enfants,  c'est très important ce qu'ils disent dans cette émission radio : aux Etats-Unis, ce pays qui se dit "le pays des libertés", notamment de la liberté d'expression, le gouvernement interdit certains livres, même des livres pour enfants !  - Mais pourquoi?  - Ils ont peur que les gens pensent qu'ils ont le droit d'être différents. - Mais nous sommes tous différents ! C'est vraiment très bête. - C'est aussi pour effacer l'histoire. - Comment ça? - On interdit de raconter certains pans de l'histoire pour mieux manipuler la population. Dire qu'on est les meilleurs. Si de génération en génération, on oublie l'histoire, elle disparaît. Alors, les gens qui ont du pouvoir peuvent manipuler la population en lui faisant croire ce qu'ils veulent. -Ça sert à quoi le pouvoir ? -A avoir un grand pays. -Et à décider pour les autres. -Mais ce n'est pas une personne qui doit décider pour un pays, c'est toute la popu...

Une rafale, des racines (inspiré de l'exposition des photos d'Alan Humerose au musée d'Estavayer-le-Lac)

On sentait le pétrichor avant même qu'il ne pleuve. Les animaux avaient perçu le tremblement de la Terre bien avant les hommes. Ils connaissaient le danger qui se préparait. Agités d'abord, ils avaient couru partout puis avaient disparu dans des abris inconnus. La clairière était déserte. Les feuilles des arbres ont commencé à frémir. J'ai compris. Rien n'avait été annoncé. J'ai regardé le ciel: il était noir et épais. J'ai écouté mon intuition: "N'y va pas." J'y suis allée ; avec un parapluie.  Je suis maintenant au coeur de la forêt. Mon parapluie ne me servira à rien. Un souffle s'élève de la forêt; une vague destructrice soulève la poussière et les feuilles mortes. Une rafale retentissante comme trois avions de chasse qui passeraient le mur du son paralyse mon tympan. La violence de ce vent venu d'ailleurs me projette au sol. Mon nez touche l'humus. Une odeur de moisi s'infiltre dans mes sinus. Il n'y a personne, seuls l...

Le walkman

    « Elle s’installe près de la fenêtre, sort son journal et son walkman. » Cette phrase d’un roman de 2023 me plonge dans cette interrogation qui me taraudait l’autre jour : Pourquoi n’a-t-on pas de peine aujourd’hui à accepter les écouteurs et autres casques bien voyants alors qu’à l’apparition du walkman, dans les années 80, l’engin était si mal vu ?  Sortir son walkman, poser ostensiblement le casque aux mousses qui s’effritent sur ses oreilles, qu’on en a un, choisir sa cassette, peser sur les boutons, revenir en arrière pour entendre encore une fois la piste 4, accrocher l’objet à sa ceinture, marcher librement tout en écoutant de la musique, dodeliner de la tête, être dans son monde aux yeux de tous, ne pas les entendre et les envoyer paître indirectement, par indifférence.  Interdit en société ! C’est malhonnête, individualiste, peu respectueux de l’entourage ! Cache-moi ça et sors-le seulement quand personne n’essaie de te parl...

La vie contre l'amour / Ptah ou Isis.

"Immense Ptah, dieu créateur, animateur de l'esprit du monde, nous t'invoquons." La grande prêtresse invoque le dieu mystérieux de l'Egypte sacrée. Le choeur reprend, la mélodie rythmera l'opéra comme un flux de vie, ce cycle qui ne finit pas. Une main, la vie, le destin ou la force divine s'ouvre et se ferme sur les chanteurs. La scène est énorme. Des figurants, des choeurs, des danseurs, des enfants, des solistes se meuvent en un ballet calculé qui fascine les 20000 spectateurs dans la moiteur d'une soirée d'août aux arènes de Vérone. L'orchestre raconte l'histoire, la musique résonne entre les pierres antiques. Les costumes réfléchissent la lumière qui sort de la main et transperce le ciel. Tout est pensé pour envoûter les spectateurs.  On connaît les airs mais l'on n'avait pas compris l'ampleur du drame. Radamès ne répond pas. Radamès ne se vend pas. Il choisit la mort pour l'amour et refuse la vie de l'ordre cosmiqu...