La gorgone
Firenze, erasmus 2008. Il pleut des cordes, il fait nuit en cette soirée de février. De la gare à la petite place où je logerai, c'est déjà la ville historique. L'émerveillement est total malgré le froid. Je vais vivre là, au coeur de la Renaissance italienne!
Piazza della Signoria, le ciel se déchaîne, je suis détrempée. La loggia est éclairée pour la nuit. Je m'en approche pour mettre à l'abri. On voit les statues de dos et par dessous. L'une d'elles retient mon attention, la seule en bronze. Un jeune homme piétine un corps dont le sang gicle du cou... Il brandit sa tête victorieusement, à bout de bras. La créature n'est pas morte. Le regard de la gorgone pétrifie désormais pour Persée. La statue est belle, lisse, son mouvement est harmonieux ; elle correspond certainement aux canons de beauté antiques. Si l'on n'y prête pas attention, on ne voit pas que la tête a été arrachée du corps à terre. L'extrême beauté pour dire l'extrême violence... Voilà certainement le rôle de l'art: transformer l'horreur en une oeuvre esthétique afin de soigner la douleur ou l'angoisse. On a envie de plaindre Méduse ; pourtant, c'est elle le monstre. A Florence, on reste pétrifié par la beauté.
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