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Aller au cinéma en 2023

Dimanche 16h25, au cinéma qui fut le plus grand de la ville au siècle dernier. Six personnes à deux minutes du début. Une cornet vanille dans la main, les pubs commencent. Les mêmes lancements qu'à l'époque, il y a longtemps, lorsque je suis venue la dernière fois... Les sièges ont gardé l'odeur des cheveux fatigués des spectateurs d'antan ; la salle est trop grande pour une représentation à 90 francs.  J'aimerais raconter à mes enfants, qu'au XXe siècle, aller au cinéma était une fête. On se faisait joli, on prenait un sac à main, de la monnaie pour l'entracte. C'était la sortie du samedi soir. La salle était comble à 19h45, le film commençait à 20h. Le spectacle était toujours grandiose, on en parlait encore des mois après. On rencontrait des gens, on se sentait membre de la société. On avait fait ce qu'il fallait pour être dans l'air du temps. Comme il n'y avait pas d'entracte, nous sommes allées faire pipi à la sortie. Et là, ma fille...

Sonate au Clair de lune.

  « Tu me joues le Clair de lune ?  Ma maman me le jouait souvent. » Le vieillard édenté et tanné regarde la jeune pianiste, une étincelle dans son regard jusqu’alors perdu dans un horizon nébuleux. Touchée, l’amatrice de piano, de passage pour quelques mois dans la ville des Médicis, cherche, s’affaire, trouve, photocopie la partition. Le jeudi suivant, l’enfant de huitante ans est au rendez-vous. L’étudiante joue pour lui. « Ce n’est pas ça. » Non, bien sûr, elle avait pris Debussy. Elle reviendra avec Beethoven. Le jeudi d’après, au centre social installé dans une église désaffectée, la pianiste hebdomadaire déchiffre la sonate au Clair de lune de Ludwig van Beethoven. Le vieillard s’appuie sur le dossier de sa chaise en bois. Il sourit, il a entendu cette pièce que sa maman lui jouait enfant. Une berceuse à huitante ans, c’est comme un cadeau du ciel.

Grand-papa Alfred

Une émission radiophonique sur la poire à botzi. Le terroir est à la mode. On calibre des poires pour les faire entrer au patrimoine; elles qui étaient pourtant si authentiques. Méritaient-elles qu’on les corsète dans des normes ?   Le grand chef cuisinier explique comment les apprêter. Il évoque l’expérience d’un retour en enfance par la façon de déguster la mignardise campagnarde par la queue. Emotions. Le journaliste a fouillé dans les archives. 1975 : on parle de la poire à botzi dans la Broye fribourgeoise, n’en déplaise aux puristes. Sa voix revient d’outre-tombe. Ses intonations, son accent, ce petit rien qui faisait « instruit ». Il raconte la fameuse poire, il en connaît l’origine, italienne, bien entendu. Il adorait  l’histoire grand-papa Alfred, il allait toujours chercher le sens dans la racine. Hommage.

La Traviata aux arènes

22000 personnes réunies dans l'enceinte de l'amphithéâtre de Vérone pour assister à une cérémonie que tout un chacun devrait avoir la chance un jour de vivre dans son existence.  La Traviata, la dévoyée, Violetta à Paris au XIXe siècle. Elle est libre "sempre libera", elle fait la fête, elle tombe amoureuse. Alfredo, le jeune homme de bonne famille, candide mais joueur, pris par la flèche de Cupidon lui aussi.  Les décors sont somptueux, les costumes authentiques, quand on fête, on profite sans compter. Le carnaval est un bal masqué qui célèbre la vie ; le zingarelle font virevolter leurs jupons, les toréadors leur emboîtent le pas avec leurs collants roses. Les paillettes sont projetées sur la scène à la fin de la transe . Quand on vient à l’opéra, on veut voir du spectacle, vivre des émotions, pleurer avec Violetta et croire en l’homme.  La musique sert le drame. Dès l’ouverture, les contrebasses marquent le temps qui fuit irrémédiablement. Au troisième acte, la fêt...

Vérone

Vérone, la ville de Roméo et Juliette. Vérone, la ville de l’opéra. Vérone, l’italianité sans encombre.  Journée estivale, on dit que c’est la canicule ; ici, c’est juste l’été. Il y a foison de touristes, respectueux des lieux chargés de culture. Les locaux s’adaptent aux représentations d’opéra: on peut manger à 18h. Tout le monde est content... Nous nous approchons des arènes. Des décors immenses et somptueux attendent entre les murs de l'amphithéâtre antique et des barrières de chantier parées de paroles d’opéras célèbres. Une rose géante, une entrée de palais, une tête de déesse grecque, une statue asiatique, des enceintes assyriennes. Tout est pensé pour les spectacles du soir. Huit opéras! Jamais le même de soir en soir. Cent ans que l'on transforme ce lieu pour faire vivre la musique et le spectacle. Toute une ville vit pour l’opéra, cet art si complet et ancestral. On a sublimé un lieu destiné aux carnages spectaculaires en un temple qui honore les émotions. Vers 20h, ...